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eloi
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MessagePosté le: Dim 21 Fév - 17:12 (2010)    Sujet du message: Partie B Répondre en citant

Les reporters aussi peuvent pleurer  

  
Témoins du bruit des bombardements, des cadavres mutilés, de l'odeur Témoins du bruit des bombardements, des cadavres mutilés, de l'odeur des charniers, ils sont nos yeux et nos oreilles. Sur le terrain, les reporters et photographes de guerre affrontent l'horreur pour nous la restituer, la transmettre. A quel prix ? Si les blessures physiques, les enlèvements ou les assassinats de reporters sont régulièrement évoqués dans la presse, leurs souffrances intimes,ne le sont pas.  

  
Pourtant, le sujet émerge. Depuis quelques années, des organismes spécialisé dans l'étude du trauma chez les journalistes, s'invite dans les débats de la profession. Du côté des reporters, quelques uns commencent à s'exprimer, acceptant de se débarrasser de leurs mauvais souvenirs. Le journaliste du Nouvel Observateur Jean-Paul Mari a publié «Sans blessures apparentes» , un ouvrage sur les traumatismes psychiques vécus par les soldats et les journalistes sur les terrains de guerre. Avec sa collaboration Reporters sans frontières a créé, sur son site, un article dédié au traumatisme psychique. Et le festival des correspondants de guerre de Bayeux organise une soirée-débat intitulée : « Reporters, militaires, humanitaires, médecins, la guerre rend-elle fou ? »  

  
La réponse, évidemment, ne va pas de soi. Au sein de la profession, certains s'étonnent même que la question soit posée : « Toute personne confrontée à la guerre est marquée par elle ! Mais le fait d'être ému, ébranlé, ne signifie pas nécessairement souffrir de traumatisme !, s'énerve Jean Hatzfeld, qui a couvert le génocide rwandais. Je crois qu'on mélange un peu tout. Nous n'avons rien à voir avec les militaires, qui, eux, portent les stigmates du conflit parce qu'ils donnent la mort ! » S'ils s'exposent, les journalistes renonce à se considérer comme des victimes. « Je trouve cela indécent de nous transformer en héros et sujets de l'histoire, poursuit Hatzfeld. Le journaliste est un intermédiaire, un témoin. Ses souffrances n'ont rien à voir avec celles que subissent les populations qui reçoivent les obus sur leur tête ! » De plus son confrère Patrick de Saint-Exupéry   
rappelle que: « Le terrain, personne ne nous force à y aller ! A partir du moment où le journaliste a le choix d'y aller ou non, il fait aussi le choix d'assumer ou non. » Le photographe Patrick Chauvel est encore plus radical. Pour lui : « La question du traumatisme ne surgit que lorsque l'on doute de ce qu'on fait sur le terrain. Lorsqu'on n'a pas de doute, on est à l'abri. Moi, je sais pourquoi je risque ma peau : c'est pour témoigner, raconter des histoires. »  

  
Sur place, pourtant, les reporters vivent la guerre, confrontés, sans armes certes, aux mêmes atrocités que les soldats. Alors, suffit-il d'assumer pour ne pas ressentir ? « Les reporters ont un gros défaut, c'est de croire qu'on peut tout affronter impunément, répond Jean-Paul Mari. A quoi bon parler de ses propres problèmes quand on revient d'un pays dévasté par la guerre et la famine ? Il y a une question de fierté. Toute la culture du reportage, c'est : je plonge quelque part, je m'imprègne, je raconte, mais je ne parle pas de moi. Le journaliste estime qu'il ne peut pas être touché par ce qu'il raconte puisque c'est lui qui le raconte. Il pense avoir la maîtrise des choses. La profession refuse de parler de ses souffrances parce que ce serait trahir, être faible, voilà pourquoi c'est tabou ! »  

  
Si l'impact de la guerre sur les journalistes n'a jamais été sérieusement étudié en France, ce n'est pas le cas aux Etats-Unis. La question du trauma y est intégrée depuis le Vietnam et cette prise en charge du trauma, les Américains l'ont étendue à d'autres professions. Les photographes et reporters de guerre courent trois fois plus de risques de développer des syndromes de stress post-traumatique (PTSD) que les autres journalistes, boivent plus qu'eux et consomment plus de drogue selon Anthony Feinstein. Les effets à long terme affectent 28 % des reporters, soit un taux quasi équivalent à celui des soldats. Les symptômes sont similaires : cauchemars récurrents, difficultés de réadaptation, dysfonctionnements sur le plan social, et dans les cas les plus extrêmes, tendances autodestructrices...  

  
“Comment oublier ce gamin de Brazzaville,   
décapité, son cartable sur le dos,   
sur le chemin de l'école ?”  

  
Mais les souffrances intimes, les marques de la guerre sont bien là. Lorsqu'ils se laissent aller aux confidences, quelques-uns admettent que oui, certaines choses les ont très vraiment ébranlés. « Comment oublier ce gamin de Brazzaville, décapité, son cartable sur le dos, sur le chemin de l'école ?, lâche Dorothée Olliéric, grand reporter à France 2. L'image est imprimée dans mon cerveau à jamais ! » Un photographe chevronné confie avoir perdu ses poils et ses cheveux après qu'un soldat serbe saoul comme une barrique eut tenté de l'exécuter (« Sa kalachnikov s'est miraculeusement enrayée à trois reprises ! »). Isabelle Lasserre, grand reporter au Figaro, se souvient qu'à ses débuts, restée trop longtemps dans l'enfer bosniaque, elle s'est réveillée un matin « avec la tête d'elephant woman. Mon visage avait gonflé, mes yeux s'étaient transformés en balles de tennis, j'étais dans le noir, je ne pouvais plus voir. » Interviewant un homme dans la banlieue sud de Beyrouth, une journaliste de la presse quotidienne régionale sent une chose molle sous sa chaussure, un pied d'enfant... « Quinze jours après, j'ai commencé à faire des cauchemars terribles, des attaques de panique, mon coeur s'emballait, j'étais très angoissée. Il m'a fallu consulter un psy pendant un an avant de reprendre une vie normale. » Sans parler de cette reporter télé qui, de retour d'Afrique, pète les plombs et atterrit aux urgences psychiatriques.  

  
“Une blessure psychique,   
c'est une faiblesse coupable,   
une faute professionnelle.”  

  
Selon une étude de la journaliste irlandaise Elaine Cobbe, sur cent vingt et un correspondants de guerre sondés, seuls quatre envisageaient de s'adresser à leur hiérarchie en cas de pépin. Ses peur, le reporter la garde pour lui, à distance respectable de son rédacteur en chef. D'abord parce que lui-même ne la comprend pas. Le trauma est par nature indicible, incommunicable. Ensuite parce qu'il ne va pas se saborder. « Une blessure psychique, c'est une faiblesse coupable, une faute professionnelle », déplore Mari. Pas sûr que votre chef vous renvoie de suite arpenter vos chères vallées d'Afghanistan si vous lui montrez votre peur. « Jamais on ne me demande si j'ai eu peur, c'est tabou, confie Dorothée Olliéric. Les chefs font comme si tout allait bien se passer, comme si parler des risques, c'était les attirer. » Le contrat implicite qui lie les uns aux autres n'arrange rien : « On essaie d'assister nos journalistes, on leur répète qu'ils doivent être prudents tout en attendant d'eux qu'ils ramènent de l'info avant la concurrence. Bien sûr qu'on leur met la pression. C'est pourquoi je pense qu'il vaut mieux une écoute extérieure, qui ne les juge pas. »  
« Je ne trouverais pas aberrant que les reporters s'allongent une fois par an sur le divan pour vérifier que tout va bien, comme on va chez le dentiste sans avoir mal aux dents », lance Jean-Paul Mari. « Pour la plupart des « anciens » de la profession, ce sont des trucs de mauviette. Ça vient perturber un idéal de virilité un peu frelaté », affirme Vincent Hugeux, reporter à L'Express. Mais l'air du temps change. Dans une société où même les militaires pratiquent le debriefing psychologique de retour de mission, la profession de journaliste évolue. « Avec la féminisation de ce métier, il y a moins ce côté baroudeur à l'ancienne, ajoute Lucas Menget, grand reporter à France 24. Et puis les préoccupations psychologiques sont un peu plus présentes depuis la multiplication des enlèvements de reporters. » Un peu moins « gros bras », plus polyvalentes, les nouvelles générations seront peut-être moins réfractaires à l'idée que la guerre produit des blessures psychiques. Des traumatismes qui peuvent atteindre n'importe qui, n'importe où. Mais qui laissent au moins ce choix : serrer les dents en silence. Ou pas.  

 



 


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MessagePosté le: Dim 21 Fév - 17:12 (2010)    Sujet du message: Publicité

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